Préambule :
Beaucoup d’entre nous travaillent sur ce genre de petit projet à longueur d’année. J’ai choisi de parler de film institutionnel car il y a dans la boucle un commanditaire, un client et cela influe sur la méthode de travail contrairement au court de création où l’on peut s’affranchir de pas mal de contraintes sous le prétexte qu’on est des artissssssstes.
Je livre là non pas la vérité, mais le fruit de mes expériences diverses et variées. Si quoique ce soit vous défrise, n’hésitez pas à réagir, complèter, voire pétitionner auprès du ministre de la culture.
Aborder le projet ou la gestion psychologique :
Tout commence par un coups de fil et un rendez-vous.
« Bonjour, nous avons besoin d’un film pour promouvoir notre nouveau décodeur TNT, on a pensé à vous… »
Premier principe, ne jamais dire non à ce stade. Même si vous n’êtes pas capable de mener le projet, vous aller grâce à votre fantastique réseau, trouver les coups de mains nécessaire.
Le client lui est en général une personne pleine de bonne volonté, qui veut un film mais n’y connaît pas grand choses en audio-visuel. Il va falloir l’aider à accoucher du projet, à formuler clairement l’idée, le besoin, la cible….Surtout ne pas le bloquer dans sa description, tout ce qu’il va dire à ce stade sera utile. Cette gestion psychologique est un des aspects qui garanti la réussite du projet. Le pire des cas est lorsque le client prétends s’y connaître et donne déjà des indications techniques en général foireuses : « Ca fait 10 ans que je fais des films en D8 avec des disques dur ultra rapide en usb » ou encore « et pour les vues aériennes pas de problème, mon beau frère est pilote d’ulm »
Bon il y a aussi des clients compétents, sympa et riches…. heuu non la je m’égare.
Le client est par nature inquiet car il ne maitrise pas tous les processus, il est dans un domaine « la communication » ou l’on trouve toutes sortes d’incompétences, et son boss l’attends au tournant si le produit est merdique.
Il faut donc apprendre à le comprendre et à l’écouter….
Lorsque a votre tour vous devrez parler il va falloir faire attention à ce que vous dites car vos paroles auront pour but premier de rassurer le client, même si à ce stade vous vous demandez vraiment comment réussir à raconter l’histoire de cet étrange objet super moche qu’on vous présente depuis deux heures.
Maintenant on sait à peu près ce que veut le client, mais pas encore comment on va le faire, et ce que ça va coûter et devoir mettre en œuvre.
Comprendre le métier du client, savoir de quoi l’on parle :
« Si je vous comprends bien vous, vous voulez un film sur cette petite boite remplie de fils avec au bout des prises et sur le dessus des lumières clignotantes ? »
« oui mon jeune ami il s’agit bien comme je vous l’ai expliqué d’un décodeur pour la TNT »
Ben oui la première difficulté est de comprendre le jargon du client, car chaque métier à son langage, surtout pour bien filmer un processus, une suite d’actions, une machine, il faut comprendre à quoi elle sert et en quoi ce qu’elle fait est extraordinaire.
On ne doit pas filmer comme les vaches regardent passer les trains !
Un élément crucial est le public auquel le film est destiné, la cible en terme marketing. On ne s’adresse pas de la même façon à des techniciens, des financiers, des clients, du personnel interne…
Ca y est tu sens qu’il y a des idées qui viennent ? attention ! les livrer directement pourrait être maladroit, il faut savoir réserver sa parole, tout noter et demander un délai de réflexion.
Il faut savoir présenter ses idées pour être sur qu’elles passent…Un réa m’a raconté avoir réecrit onze fois un projet, en fait le client avait une idée précise dès le début…
Il faut faire la part des choses entre ces paramètres et ses envies perso. On réussira bien quelque-chose que l’on désire, avec l’expérience viennent au fil de ces réunions des idées de plans, des idées filmiques qui sont motivantes pour le projet. Parfois c’est juste un plan mais l’envie de le tourner motive pour tout le projet….(ha ! les grues…)
Il va falloir continuer à enquêter pour savoir si les idées qui viennent sont réalistes, il arrive que l’interlocuteur soit un commercial qui ne maitrise pas les finesses de son produit. « au moment ou le petit garcon sort le décodeur de sa boite, les leds se mettent à clignoter toutes ensembles » « impossible » réponds le technicien, « le seul cas ou elles clignotent c’est lorsque le boitier tombe en panne » Pas de gaffe ! pas de contresens !
Combien ca coûte tout ça ?
Depuis le début on à fait semblant de ne pas y penser, mais a chaque nouvelle demande du client : la machine seule, puis le bureau d’étude, l’usine de fabrication en Chine, une petite fiction didacticielle de la mise en route du décodeur…..s’ajoutent des journées de tournage, des déplacements, du temps de montage.
Dès la fin du premier rendez-vous attendez vous à cette question, et évitez d’y répondre.
Faire un bon budget demande de se poser, de tout lister, de ne rien oublier et de déjouer les pièges tendus.
Nous voilà revenu à la maison avec une pile de doc., une liste de demande et une foule de question.
Mettons de coté les problèmes de réalisation et attachons nous à voir si l’on peut faire un budget réaliste. Pour cela il faut déjà avoir un tarif de référence, combien je prends la journée de tournage, combien je loue une cam, a moins que j’en ai une qui est comprise dans mon tarif journée. Faut-il de l’éclairage ? Puis-je le mettre en œuvre seul ? Faut-il un perchman ?
Ou vais je dormir ? Combien de repas ? Qui fera la musique ? Le compositing ?
Il y a des tarifs de références, liés à des conventions collectives que l’on se doit de respecter pour ne pas casser les prix, se sous payer et dévaloriser nos métiers. D’autant plus qu’il y a beaucoup de temps passé à préparer et beaucoup de temps perdu à se déplacer de réunion en réunion. Contrairement au client qui est payé du matin au soir, nous nous ne sommes payés que lorsque nous manipulons la caméra ou le banc de montage. Certes il est toujours possible de marquer des journées de prépa sur le devis mais le client ne manquera pas de les négocier aprement.
Voiçi une grille type de budget, il en existe plein d’autres, l’intérêt est de penser à tout lister.
Penser également aux frais de structure, eh oui en fin d’année il faudra peut être payer des impots et de toutes facons il y a un loyer, du téléphone, des frais de timbres qu’il faut financer au long de l’année.
Bref si vous avez laché un chiffre lors du premier entretien, à ce stade vous êtes vert car le chiffre qui s’inscrit en bas de la feuille est plus élevé et vous vous demander comment expliquer ça au client….
Gardez des petites marge pour négocier, prévoyez des options, le client a besoin de discuter et en cernant ce qu'il est prêt a payer vous approcherez mieux le film...Soyez ferme sur ce qui peut vous mettre en danger, on éclaire pas un super hall d'entrée seul, le risque c'est de faire de la M....Vous n'avez rien a gagner dans l'affaire. Ce client si sympa à qui vous avez fait un prix canon sera le premier à vous casser par derrière...
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