C'était un peu le sens du
Workshop CTM sur Final Cut Server auquel j'ai assisté le 10 Décembre dernier, même si celui-ci était axé vers la sauvegarde des projets, donc en bout de chaine de travail.
Pour commencer, un peu d'histoire:
Apple
rachète toute la technologie de Proximity en Décembre 2006, et notamment son logiciel de gestion de médias: Artbox, un
MAM (Media Asset Management).

(interface d'Artbox Proximity)
Quelques mois après, le 15 Avril 2007, Apple annonce Final Cut Server. Et le 23 Juillet 2009, c'est la version 1.5 qui est mise en vente par Apple à un tarif qui défie toute concurrence : 999$ en clients illimités (299$ la mise à jour). C'est une habitude chez apple de vendre des logiciels à des tarifs très attractifs, pour ensuite vendre des machines derrière...
Très bien tout ça, mais à quoi ça sert?
Final Cut Server a 5 buts différents, mais complémentaires :
-Indexation:
Final Cut Server est une sorte de super iPhoto : capable de récupérer les métadonnées de la plupart des formats de fichier audio, vidéo et image. En effet, la plupart des caméras intègrent de plus en plus de métadonnées aux rushs filmés : paramétrages de la caméra, numéro de série, heure du tournage, positionnement GPS... Vous pouvez bien entendu définir en plus vos propres métadonnées dans Final Cut Server.
Les métadonnées gérées : IPTC, XMP, EXIF, MXF P2, MXF XDCAM, RED... Pour les fichiers non gérés, il est assez facile d'écrire une routine qui va lire les métadonnées dans le fichier pour ensuite les écrire dans un fichier XML (qui est un simple fichier texte qui contient les métadonnées dans Final Cut Server)

Ensuite, il va donc être extrêmement facile de retrouver vos médias parmi vos centaines, voir milliers de rushs : recherchez par nom de projet, endroit de tournage, numéro de série de caméra, date, format... Enfin bref, les possibilités sont infinies puisque vous pouvez rajouter vos propres métadonnées.
C'est donc l'idéal pour éviter de passer des heures à chercher sur votre disque...

-Tâches de fond:
Final Cut Server est livré avec Compressor ce qui lui permet d'effectuer automatiquement des tâches de fond. Par exemple vous indiquez à FCS de surveiller un dossier (sur un disque local, un NAS, un server FTP). Dès qu'un fichier est déposé dessus, il va, selon vos paramétrages, le convertir dans votre format de montage (ProRES par ex.) et/ou au contraire en basse def. pour de la prévisualisation puis l'envoyer toujours automatiquement sur un autre FTP pour prévisualisation par un tiers. bref c'est vous qui paramétrez tout ça, selon vos besoins!
La même chose est possible en sortie d'un projet : si le client valide le montage, alors on encode automatiquement dans les formats demandés, puis dépôt automatique sur un server auquel le client accède.
-Consultation / validation:
Avec FCS, vous disposez d'un client Java qui fonctionne donc sur Mac et Windows. Une fois ce client (une petite application) installé sur un poste, un utilisateur à qui vous aurez transmis ses informations de connexion pourra, selon ses droits d'accès, visualiser certains de vos médias, y laisser des annotations (par ex. "de tel TC à tel TC je trouve l'étalonnage beaucoup trop sombre"), valider ou non des montage (validation qui pourra - ou non - lancer le processus vu ci-dessus).
Les clients Mac & PC sont principalement réservés à un usage interne, et certaines société ont développé des services web qui reprennent le même fonctionnement. Apple propose d'ailleurs des ressources pour créer son propre service de consultation / validation en ligne.
Voici deux services (il en existe peut-être d'autres):
RevApp : http://www.revapp.de/ (possibilité de tester en ligne)
MediaSilo : http://www.mediasilo.com/ (possibilité de tester en ligne)
Ces deux solutions (et celle d'Apple qui n'est qu'un exemple de base à développer) fonctionnent avec les fichiers XML sur lesquels se base Final Cut Server : si l'utilisateur en ligne approuve un montage, alors sa métadonnée approuver passer à oui. Final Cut Server vérifie toutes les minutes (paramétrable) le fichier XML qui contient entre autre cette métadonnée et s'il voit oui, il lance alors (par exemple toujours) une compression dans le format que vous aurez paramétré.
-Travail collaboratif:
C'est évidemment un autre point fort de Final Cut Server : il va permettre le travail collaboratif en gérant les droits d'accès aux médias et aux projets. On peut dès lors imaginer plusieurs monteurs qui travaillent chacun sur un bout d'un projet et qui partagent donc les mêmes médias. Ou alors l'inverse : sur un seul fichier projet qui ne doit donc pas pouvoir être modifier par l'un si l'autre travail dessus.
De même, si vous essayez de supprimer un média utilisé par un autre projet, FCS va vous prévenir : "attention, ce média est utilisé par tel projet, souhaitez-vous vraiment le supprimer", ce que ne fait pas le finder de MacOS X...
Final Cut Server gère aussi les versions : combien de versions de mon projet je garde, on peut aussi crée un nouveau média à partir d'une version...
Il permet aussi de travailler en Proxy avec le codec ProRES 422 Proxy. Le principe? Vous êtes dans vos locaux, votre MacBook Pro branché sur le server. Vous récupérez alors une version Proxy (fichiers basse def,mais avec très peu de perte visible à l'image) pour travailler votre montage dans le train. Vous revenez ensuite dans vos locaux et FCS va automatiquement reconformer votre travail avec les fichiers haute def.
Même si FCS est dédié à Final Cut Pro et ne gère donc pas directement les autres logiciels de la suite (et encore moins ceux extérieurs : After Effect...), vous pouvez utiliser la command "envoyer à Motion" par ex, travailler votre effet dans Motion et celui-ci sera automatiquement importé dans votre montage via Final Cut Server.
-Archivage:
Dernier point important, l'archivage de vos médias et projets. Dans FCS, vous avez une commande via un menu qui vous permet d'envoyer un projet ou un média vers l'archivage. Vous spécifiez un dossier dans lequel vont être déplacé ces fichiers. Ce dossier peut ensuite être régulièrement sauvegardé sur disque, bande...
La société Atempo propose par exemple un système de sauvegarde sur bande LTO qui travail conjointement à FCS : lorsque vous envoyez en archivage, c'est automatiquement copié sur LTO. Si vous avez besoin de recharger le projet, il sera automatiquement récupéré sur la LTO (si celle-ci est dans son robot), sinon FCS vous indiquera quelle LTO il faut aller chercher.
Passons au côté technique:
Interaction avec Final Cut Server :
Final Cut Server travaille avec des fichiers XML (comme Final Cut, Color, et Motion d'ailleurs). Ce sont de simple fichiers textes ordonnées selon un langage simple et très documenté: le XML. Il est donc très facile d'écrire des routines dans différents langages (PHP, AppleScript, objectiveC...) pour interagir avec ces fichiers XML, et donc avec Final Cut Server (c'est d'ailleurs comme ça que fonctionnent les clients Mac PC et les interfaces Web lorsqu'on valide un média, on modifie des informations sur un fichier, ou on rajoute des annotations).
Mais Final Cut Server est aussi pilotable en ligne de commande. Cela permet de lancer des tâches depuis d'autres logiciels, ou à heure fixe, ou selon une action de l'utilisateur.
Bref, XML + ligne de commande permettent d'intégrer de manière extrèmement poussée FCS dans un flux de production et de manière assez automatisée.
Hardware:
même si pour 999$ vous avez un excellent catalogueur sur votre Macbook Pro, il faut évidemment autre chose pour faire tourner un FCS avec toutes ses fonctionnalités sur une structure moyenne. Il faut compter entre 7000 et 15000€ pour avoir une architecture qui fonctionne.
Par exemple sur une strucutre un peu importante : un SAN sur lequel accèdent les stations de montage, géré par Xsan. Les rushs son capturés par les stations FCP (ce qu'on appelle l'ingest) et indexés par Final Cut Server qui tourne sur un Xserve. Un second SAN moins rapide et plus petit sert de stockage pour les fichiers de prévisualisation et de proxy créés par FCS.
Voici par exemple une architecture avec le système de stockage sur disque de MatrixStore

Software:
Compressor s'interface très bien avec le logiciel d'encodage pour Flash et WindowsMediaEpisode Engine de Telestream. On a ainsi accès aux formats non gérés de base.
Conclusion:
Bref, Final Cut Server est un logiciel à la fois très simple pour une utilisation basique et qui nécessite une véritable expertise pour un déploiement plus important (ce qu'a fait CTM chez France 3, TF1 et Eurosport notamment). Entre ces deux extrèmes, il existe une multitude de configurations possibles selon vos besoins, votre budget.
En effet, si le tarif de base à 999$ est très attractif, la facture s'élève vite quand il faut rajouter du Xserve, du stockage...
Final Cut server répondra à la plupart des besoins autour de Final Cut Pro, reste à bien définir les votres. Et si ça ne correspond pas (besoin de gérer des projets Adobe...), une solution comme GridIron Flow, nettement plus légère, vous conviendra peut-être.
Pour des projets importants, n'hésitez donc pas à faire appel à des spécialistes pour ne pas vous retrouver avec une solution bancale qui vous aura couter assez cher au final...
Voilà, j'espère que cet article vous aura permit d'y voir plus clair. Il n'a pas vocation à décrypter tout Final Cut Server et je n'en suis pas un spécialiste non plus. n'hésitez donc pas à y apporter vos remarques, corrections, précisions...
Ressources:
-Présentation de Final Cut Server 1.0 en français chez Video Design
-Exemple de flux de travail (pdf anglais)
-Livre (anglais) Apple Pro Training sur Final Cut Server 1.5 (disponible fin Mars 2010)